Jean Comte

RSF lance « Wefightcensorship.org », un nouvel outil contre la censure

Le 27 novembre, Reporters sans frontières lance un nouveau site web, « We fight censorship ». Cette plateforme publiera uniquement des contenus qui auront été censurés, en espérant leur donner une meilleure visibilité.

Inutile d’aller sur Wefightcensorhip (WeFC) maintenant, vous ne verrez qu’un compte à rebours ! Ce n’est que le 27 novembre qu’il sera dévoilé au grand public. Son accès est pour l’instant réservé à 1500 d’internautes, inscrits à l’avance, qui testent le site avant son lancement officiel.

 Le principe de WeFC est  très simple : tout internaute dont un contenu – brut ou à nature journalistique – est censuré par son gouvernement peut l’envoyer à RSF, par l’intermédiaire d’un coffre-fort numérisé (cf. capture d’écran ci-dessous). Après vérification de son authenticité, il est publié sur le site de WeFC, en langue original et avec une traduction en anglais ou en français. Il sera aussi accompagné d’un texte expliquant le contexte dans lequel il a été produit.

Le site propose aussi un « kit de survie numérique » : un ensemble de conseils et d’outils permettant aux citoyens de contourner la censure et de mieux protéger leurs données personnelles. Enfin, plusieurs sites miroir seront disponibles, au cas où un Etat censurerait l’adresse de WeFC.

Pour fonctionner, WeFC utilisera les contributions d’internautes volontaires. Pas seulement pour effectuer des donations, mais aussi traduire des articles ou créer des sites miroir. « Nous avons déjà reçu plusieurs propositions de créations de miroirs et au moins une proposition de traduction d’une langue rare vers l’anglais, indique Grégoire Pouget, chef de projet du Bureau Nouveaux Médias de RSF. Nous espérons en recevoir encore plus après l’ouverture publique du site, le 27 novembre. »

L’effet Streisand comme meilleur allié

Pour l’instant, seuls cinq contenus sont disponibles. On y trouve, par exemple, une vidéo montrant la répression policière (en Biélorussie), un discours jamais diffusé de Komeini, ou encore les deux premiers (et uniques) numéros de la revue De Cuba, maintenant interdite.

La force de certains de ces contenus est certaine (la vidéo de la répression policière en Biélorussie est glaçante), et la nécessité de leur diffusion est indéniable. Pourtant, leur présence sur internet pose un problème : leur diffusion sur ce site, malgré la censure, ne risque-t-elle pas renforcer la censure dans ces pays ?

« Nous souhaitons mettre en œuvre l’effet Streisand, répond Grégoire Pouget : plus la volonté de censure d’une information sur Internet est forte, plus l’information sera diffusée par la communauté des internautes. » Cet effet, nommé ainsi d’après une mésaventure de la chanteuse Barbara Streisand, suppose que plus une information sera censurée sur le net, et plus elle sera finalement diffusée.

 Enfin, si le risque de rétorsion est trop fort, WeFC n’exclut pas de refuser la publication. « Nous ne souhaitons évidemment pas mettre en danger les auteurs des documents, c’est pour cette raison que nous ne publierons aucun document sans avoir évalué les risques potentiels avec l’auteur du document. », conclut Grégoire Pouget. Si nécessaire, RSF opèrera donc une censure, pour la bonne cause.

 


L’ESJ oublie de préciser que le Crif finance le voyage de ses étudiants

C’est grâce à une participation financière du Conseil représentatif des institutions juives de France que les étudiants de l’ESJ Lille sont partis en Israël. Une démarche compréhensible, mais que l’ESJ oublie de préciser sur son site.

Les étudiants de l’Ecole Supérieur de Journalisme de Lille (ESJ Lille) sont actuellement en voyage en Israël. Durant ce séjour, qui doit les sensibiliser à la situation israélo-palestinienne, les apprentis journalistes visitent Israël et la Palestine, rencontrent des journalistes travaillant sur place, et visitent des ONG.

Ce voyage d’étude a causé quelques remous au début du mois, quand Rue89 a révélé que les billets d’avion et une partie du logement étaient payés par le Conseil représentatif des institutions juives de France (Crif) Il s’agit, selon cette structure, de « faire entendre un autre son de cloche » aux étudiants de l’ESJ, en leur faisant découvrir un point de vue différent sur le conflit israélo-palestinien.

De la part de l’ESJ, une démarche justifiable…

Pour l’ESJ, ce financement ne cause aucun problème. Premièrement, comme le rappelle Marc Capelle, le directeur de l’école, ce n’est pas la première fois qu’une entité extérieure finance une partie d’un voyage d’étude ; et cela n’a jamais posé de problème jusqu’à présent.

Deuxièmement, l’école n’a pas les moyens de payer elle-même l’intégralité de ce voyage. Elle est en difficulté financière depuis plusieurs années, au point que le voyage organisé l’année dernière à Beyrouth a dû être annulé.

Troisièmement, le Crif n’organise pas la totalité du voyage : les professeurs de l’ESJ ont prévu eux-mêmes des rencontres avec différents acteurs, dont certains plutôt pro-palestiniens.

… mais une communication peu éthique

En revanche, là où l’ESJ est critiquable, c’est dans sa communication. Trois articles, sur son site web, traitent du déplacement de ses élèves : un « édito » sur la page d‘accueil, et deux billets sur son blog « Etudes » (l’un sur les premières étapes du voyage, l’autre sur les questions de sécurité). Aucun de ces articles ne précise que les billets d’avion et une partie du logement sont financés par le Crif. Pire, la formulation de l’édito laisse penser que le voyage est une initiative de l’ESJ : titré « L’ESJ Lille envoie ses étudiants en Israël et en Palestine », il évoque « la volonté de l’école de permettre à ses étudiants d’être au contact direct (…) des différents acteurs. » Un beau cas d’autocensure, pour une école de journalisme…


Wikileaks rassemble ses « amis »

         Lancé en mai 2012, le réseau social Friends of Wikileaks rassemble les défenseurs du site Wikileaks. Peu connu, il ne compte pas beaucoup d’adhérents, tandis que son but reste flou.

         C’est comme Facebook : on s’y inscrit gratuitement, on y crée un profil, et on y a des « amis. » Mais, pour le reste, Friends of Wikileaks (ou « FoWL », pour les intimes) est un réseau à part. A cause de son public, premièrement : seuls les défenseurs de Wikileaks et de ses principes sont censés s’inscrire. Par son fonctionnement, ensuite : sur Friends of Wikileaks, en effet, on ne demande personne en amis : on en reçoit automatiquement 12, dont 6 habitent à proximité et 6 ailleurs dans le monde. On peut éventuellement en supprimer un, mais ce sera Friends of Wikileaks qui trouvera son remplaçant.

         Le réseau – dont les médias n’ont que peu parlé – semble compter peu d’adhérents. Il ne communique aucun chiffre, mais l’attribution des amis prend environ une semaine – signe qu’il est loin d’être surchargé. De plus, sa page Facebook ne compte que 80« liked », alors que celle de Wikileaks en compte 2 millions et que celle de Wikileaks cablegate (un moteur de recherche interne à Wikileaks) en a 22 000.

Un but imprécis

         A quoi doivent servir les Friends of Wikileaks ? La page de présentation du site cite de grands objectifs (défendre Wikileaks et ses sources, rassembler tous les défenseurs de la transparence..) sans donner de détails concrets.

         Ce flou, d’ailleurs, est ressenti par la plupart des amis inscrits sur le site. « Je suppose que l’idée est de créer un réseau d’internautes défenseurs de Wikileaks. Mais quel sera le but de ce réseu ? », s’interroge par exemple Josef, un ingénieur allemand présent dans mes contacts. « Je ne suis pas certain du rôle qu’on nous demandera de jouer. », complète Catalin, un informaticien américain, avant de déclarer « être très curieux de voir ce que cela donnera. »

         Contacté, Kristinn Hrafnsson, le porte-parole de Wikileaks, reste évasif : « Il s’agissait de rassembler tous ceux qui partagent les idées de Wikileaks. », explique-t-il simplement.

 

Une sécurité optimale

         Enfin, le réseau social prête beaucoup d’importance à la sécurité et au secret. Les données enregistrées sur chaque compte sont cryptées, afin que même les gérants du site ne puissent y accéder. On n’accède pas à sa page personnelle avec un nom d’utilisateur et un mot de passe, mais avec un identifiant composé de chiffres et de lettres – identifiant que l’on ne peut ni modifier, ni enregistrer sur son ordinateur.

         La page d’instructions aux membres conseille de protéger ses données personnelles, et stipule qu’il faut conserver garder l’anonymat de ses amis. De même, toute information importante ne doit pas être diffusée à tous, mais seulement aux quelques-uns dignes de confiance.

         Questionné sur ce point, Kristinn Hrafnsson affirme qu’« il y a eu beaucoup de discussion [à Wikileaks] pour savoir si on devait se protéger autant. Mais il y a des possibilités qu’on essaie d’infiltrer ou d’attaquer le site, comme les manœuvres des Etats-Unis en janvier 2011 l’ont montrées » A ce moment, en effet, la Cour de justice de Virginie avait demandé à Twitter de lui donner des informations sur quatre comptes, dont celui de Julian Assange. « On suspecte Facebook, Skype, Google, et d’autres sites, d’avoir aussi reçu l’ordre de livrer des informations. », rajoute le porte-parole.

         Comme quoi faire l’apologie de la transparence n’exclut pas de privilégier quelquefois le secret et l’opacité.


« Direct Matin » fait-il dans le mauvais goût ?

Il ne s’agit sans doute que d’une coïncidence, mais le résultat n’est pas du meilleur goût… Ce matin (jeudi 25 octobre), le journal gratuit Direct Matin s’ouvre sur une page de publicité, pour le jeu vidéo Medal of Honor Warfighter. On peut y voir un soldat, arme à la main et regard fixe, visiblement prêt à se battre (photo). Il s’agit d’un jeu vidéo de tir, édité par Electronic Arts, qui sortira en France le 25 octobre.

Revenons à Direct Matin : les pages de publicité passée, on arrive à la une, avec, en manchette, un article sur le stress post-traumatique qui guette les soldats français de retour d’Afghanistan. Intitulé « Le difficile retour d’Afghanistan pour les soldats français », il fait l’objet du « Grand Angle » de la page 6.

La succession de cette publicité et du titre sur le stress post-traumatique des soldats crée un effet assez désagréable.. La rédaction de Direct Matin s’était-elle aperçue de cela ? Si oui, a-t-elle considéré que cette malencontreuse succession ne posait pas de problème ? Contactés à de multiple reprises, la rédaction n’a pas donné suite à nos demandes d’interview.


Benjamin Ooghe-Tabanou, de Regards Citoyens : « En politique, la transparence progresse »

Aujourd’hui, nous vous proposons une interview de Benjamin Ooghe-Tabanou, l’un des fondateurs de Regards Citoyens. Fondée en 2009, cette association a pour but de permettre un meilleur accès des citoyens aux informations publiques.

Surtout connu pour les sites nosdeputés.fr et nossenateurs.fr, qui synthétisent le travail de chaque parlementaire, Regards Citoyens a effectué plusieurs travaux sur le thème de la transparence : une couverture de débat parlementaire via Twitter,  une étude sur le poids du lobbying dans l’élaboration de la loi, ou encore un examen du redécoupage électoral.  Il s’agit, en un mot, d’une association engagée pour la transparence en politique. Cette notion,souvent évoquée dans les discours politiques actuels, est souvent critiquée : trop difficile à mettre en œuvre, trop simplificatrice pour permettre une vraie réflexion, elle serait dangereuse pour la démocratie et le débat citoyen. Qu’en pensent les membres de Regards Citoyens ? Nous avons interrogé l’un d’eux, Benjamin Ooghe-Tabanou.

Bonjour Monsieur Ooghe-Tabanou. Regards Citoyens est une initiative récente, qui fonctionne surtout grâce aux nouveaux médias. Diriez-vous que, grâce au développement de ces médias, nous entrons dans une ère de la transparence ?

Il est clair que la transparence en politique progresse : des sites comme le nôtre apparaissent dans le monde, les questions d’open data prennent de plus en plus d’importance… Les gouvernements sont conscients qu’un système transparent améliore la participation des citoyens, et les hommes politiques ont compris l’intérêt qu’ils avaient à ce que leurs actions soient connues de leurs électeurs.

La transparence se développe donc, et c’est important : la population est actuellement très méfiante vis-à-vis du pouvoir, et une transparence accrue peut aider à remédier à cela.

Mais cette transparence porte surtout sur des données chiffrées. Sur les sites nosdeputes.fr et nossenateurs.fr, par exemple, vous indiquez le nombre d’interventions de chaque sénateur, mais vous ne dites rien sur la qualité de ses interventions.

Nos sites ne fournissent pas que des données numériques brutes : le texte des interventions est aussi consultable. Ensuite, c’est aux internautes de lire, et d’enrichir ces chiffres bruts par une compréhension des interventions.

Mais cela demande un investissement accru de la part des citoyens…

Plus de transparence en politique nécessite toujours un investissement accu de la part des citoyens, qui doivent s’approprier ce qui est rendu public. L’intérêt d’internet est qu’il nous permet de toucher une masse énorme de gens, qui peuvent ré-examiner et évaluer les données brutes. Ainsi, certaines de nos actions se font grâce à l’aide des citoyens lambda, comme notre étude sur le poids des lobbys.

Comment avez-vous procédé, pour cette étude ?

Il s’agissait de comprendre quelle était l’influence réelle des lobbys sur le processus de fabrication de la loi. Pour cela, nous avons dressé la liste de toutes les personnes auditionnées à l’Assemblée nationale, puis nous les avons classé selon le type d’organisme auquel elles appartenaient : organisation religieuse, think-tanks, conseil privé…

On peut trouver, dans les rapports des commissions parlementaires, la liste des personnes auditionnées. Mais ces rapports ne sont jamais formatés de la même façon, et il fallait donc extraire « manuellement » les noms. On a demandé de l’aide aux internautes, pour extraire ces noms et voir à qui ils appartenaient : plus de 3000 personnes sont venues nous aider, et le travail était achevé en 10 jours !

Et qu’en est-il des internautes qui consultent votre site ? Analysent-ils le contenu des interventions, ou se bornent-ils à les compter ?

Nos visiteurs ne sont pas des spécialistes du travail parlementaire, et ce n’est pas forcément facile pour eux d’analyser en détail les interventions et projets de loi de parlementaires. Mais ils les lisent et les critiquent : 80% des commentaires de nosdeputes.fr portent sur le fond : « Je soutiens l’idée du député X», « Comment Y ose-t-il affirmer cela ? », etc..

La transparence, en politique, ne sera jamais totale : on peut rendre publique les débats et les auditions, mais on ne peut jamais savoir si des rencontres suspectes n’ont pas eu lieu à la buvette, ou si des pressions ne sont pas exercées par téléphone. En d’autres termes, rendre des actions ou des débats transparents ne fait que déplacer la zone d’opacité…

Il est certain que l’on ne peut pas tout rendre public, et qu’il restera toujours des rendez-vous secrets dont personne ne pourra avoir connaissance. Mais nous demandons l’élargissement des données rendues publiques, comme par exemple les votes et les agendas des parlementaires : plus on développera la transparence, et plus les zones d’obscurité se réduiront…

Ensuite, il restera toujours des zones d’ombre, mais on ne peut pas non plus envahir la vie privée de chaque homme politique.

Avez-vous d’autres projets, pour la suite ?

On a un projet en cours, en partenariat avec Sciences-Po : analyser l’élaboration d’une loi, de sa présentation par le gouvernement à sa promulgation. On étudie chaque modification, en essayant de distinguer celles qui ne concernent que la forme, et celles qui influent sur la nature de la loi. On a lancé ce projet il y a un an, on est encore au début.


Bourdieu et la télé

« J’espère que [mes analyses] pourront contribuer à donner des outils ou des armes à tous ceux qui […] combattent pour que ce qui aurait pu devenir un extraordinaire instrument de démocratie directe ne se convertisse pas en instrument d’oppression symbolique. » Pierre Bourdieu parle de la télévision, qu’il soupçonne de mettre en péril la culture. Pour la combattre, il donnera deux conférences télévisées en mai 1996, qu’il reprendra d’un petit livre nommé Sur la télévision (Raisons d’agir, 1996).

On y retrouve les deux conférences, retravaillées pour l’écrit (sous forme de chapitre : « Le plateau et ses coulisses », « La structure invisible et ses effets), puis un petit supplément intitulé « L’emprise du journalisme. » Le tout formant une critique sévère du journalisme, et attaquant même quelquefois de la démocratie…

Les nombreux pièges du petit écran

Le premier chapitre consiste en une sorte de longue liste de griefs. Bourdieu énumère, sans réel ordre, les défauts les plus évidents de la télévision. On y retrouve notamment :

–          La dictature des faits divers, qui, en occupant une grande part des journaux télévisés, occultent « les informations pertinentes que devrait posséder le citoyen pour exercer ses droits démocratiques. » (p.17) ;

–          La recherche de l’exceptionnel, qui pousse à la fois à négliger les événements qui semblent banals et à exagérer l’importance de ceux qui paraissent hors du commun. Bourdieu prend l’exemple – devenu depuis classique – des banlieues, délaissée en temps ordinaires par les caméras, mais envahies par elles dès qu’une émeute survient ;

–          « L’effet de réel » provenant du fait que la télévision « peut faire voir et faire croire à ce qu’elle voit. » (p.20). Un reportage diffusé à une heure de grande écoute, en effet, ne fait pas que montrer un événement, mais influe sur la réalité même de cet événement. Bourdieu illustre cela par la grève des lycéens de 1986, où les journalistes ont couvert les actions de ces jeunes gens peu politisés, les encourageant à se prendre de plus en plus au sérieux, et créant ainsi un mouvement qui n’existait pas vraiment avant l’irruption des journalistes ;

–          La « circulation circulaire de l’information » (p.22), qui est créée par la forte concurrence à laquelle est soumise le secteur médiatique. Le fait qu’une chaîne couvre un événement devient une raison suffisante pour que ses concurrents le couvrent aussi, ce qui crée une très forte homogénéité des différents journaux télévisés. Ceci est dû au fait que les journalistes agissent comme si leur public était toujours en train de comparer tous les différents médias, alors qu’en réalité personne ne regarde deux ou trois JT à la suite ;

–          Les faux débats, qui peuvent l’être parce que qu’on y oppose des gens dont la pensée est au fond assez semblable, ou parce qu’on y confronte des non-habitués des plateaux de télévision à des spécialistes de la communication qui n’en feront qu’une bouchée.

Pour ceux qui désirent voir, voici la conférence :

https://youtu.be/rT_4Gsaixkk

 

Un problème de champ

Les critiques du deuxième chapitre, elles, sont plus précises : elles se concentrent sur la question du champ du journalisme et de son influence sur les autres champs. Un champ, pour faire bref, réfère chez Bourdieu à un certain monde social – chaque champ possédant ses caractéristiques et modalités de fonctionnement propres. Dans chaque champ, selon Bourdieu, il y a des dominants et des dominés, qui luttent pour conserver leur place (dans le cadre des dominants) ou pour conquérir une position plus élevée (dans le cas des dominés). Pour cela, ils utilisent les règles propres de leur champ : un économiste dominé, par exemple, essaiera de produire de bons articles d’économie pour améliorer sa position dans le champ de l’économie.

Plus un champ échappe aux regards de ceux qui n’en maîtrisent pas les règles, et plus ce champ est autonome : « Un champ très autonome, celui des mathématiques par exemple, est un champ dans lequel les producteurs n’ont pour client que leurs concurrents, ceux qui auraient pu faire à leur place la découverte qu’il leur présente. » (p.71).

Or le journalisme – et surtout la télévision – traite de sujets relevant de tous les champs, en en bouleversant ainsi les luttes de domination et la structure. Bourdieu prend comme exemple ce qu’il appelle les intellectuels-journalistes » – il cite Bernard-Henri Lévy et Finkelkraut, auxquels, dans la version télévisée, il préfère Alain Minc –, à la fois connus du grand public et peu appréciés des universitaires. Ces philosophes-journalistes, dominés dans leur champ, s’y créent une nouvelle légitimité par l’intermédiaire de la télévision. Ils agissent, avance Bourdieu, comme un « cheval de Troie » (p.73) : à travers eux, chaque champ se trouve lié au champ du journalisme.

Or, ce dernier est loin d’être autonome : il est « sous la contrainte du champ économique par l’intermédiaire de l’audimat. » (p.62) Par suite, par le journalisme, c’est l’entièreté des champs qui se trouvent peu à peu soumis à l’économie..

Là encore, voici la conférence :

https://youtu.be/-zPgBr4cN8g

La solution de Bourdieu : faire descendre les intellectuels dans l’arène

Tout cela est bien beau, mais ne nous dit guère que faire pour améliorer la situation. C’est le thème évoqué dans le supplément, intitulé « L’emprise du journalisme. » Bourdieu y propose deux alternatives aux acteurs menacés dans leur champ : s’y retrancher en coupant les contacts avec les médias, ou « se servir de tous les moyens disponibles » (p.91) pour s’imposer dans le champ journalistique. C’est-à-dire, venir se battre contre les intellectuels-journalistes sur leur terrain pour les empêcher de nuire aux champs dont ils discourent. Il s’agira d’une « action concertée » (p.94) des savants, seule à même d’équilibrer le « monopole des instruments de diffusion de [l’] information. » (p.91) par les journalistes. Ainsi, la prépondérance du champ journalistique sera ramenée à sa juste mesure…

Bourdieu antidémocratique ?

Que penser de Sur la télévision, ce petit ouvrage au ton polémique ? Tout d’abord, il faut reconnaître sa portée explicatives : de l’effet de réel, la circulation circulaire de l’information, ou encore le « court-circuitage » des luttes de domination au sein des différents champs sont des problèmes bien présents dans les médias ; et Bourdieu nous livre les concepts adéquats pour en parler.

Mais, au-delà de cette pertinence, il y a dans l’ouvrage un aspect dérangeant, désagréable : l’idée – jamais exprimée, mais toujours présente –, que les spécialistes ont toujours raison contre le public. Il s’agit, pour reprend Géraldine Muhlmann, d’une « pensée qui comporte de nets aspects antidémocratiques » (p.70 de Du journalisme en démocratie, un ouvrage passionnant dont j’espère bientôt parler ici).

Bourdieu, en effet, en insistant sur la nécessité de laisser chaque champ s’autonomiser, et de laisser aux savants le soin d’organiser ce qui doit être divulgué de leur science, prend pour acquis que les citoyens lambda ne connaissent rien à ces champs, et ne doivent pas essayer d’en savoir trop par eux-mêmes. « Il y a des conditions économiques et culturelles de l’accès à un jugement éclairé et l’on ne pourrait demander au suffrage universel (ou au sondage) de trancher des problèmes de science. », (p.91) dit-il par exemple à la fin de l’ouvrage, insistant encore sur la nécessité de « protéger » chaque champ. Cela est vrai assurément : on ne décide pas de la justesse d’un calcul en demandant leur avis à ceux qui ne connaissent rien aux mathématiques. Mais c’est tout de même dérangeant : ne demande-t-on bien à des gens qui ne connaissent rien aux sciences politiques d’élire des présidents et des parlementaires ?

Bourdieu, en un mot, pose les bases d’un argumentaires anti-démocratique, mais fait demi-tour avant de commencer cette critique. Il ne s’agissait, bien sûr, pas du sujet de ces conférences ; mais on ne peut que déplorer qu’il ait refusé de pousser son questionnement plus loin..


Yves Agnès : « Les médias choisissent de ne pas parler des problèmes de déontologie »

Aujourd’hui, nous publions une interview d’Yves Agnès, ancien journaliste du Monde et président de l’Association de préfiguration d’un conseil de presse (APCP) Il nous explique les difficultés qu’il a à convaincre les journalistes de la nécessité d’un organe de concertation et de régulation de l’activité journalistique.

L’Association de préfiguration d’un conseil de presse, fondée en 2006, travaille à la création d’un Conseil de presse, en France. Composé de journalistes, de spécialistes des médias et de citoyens, cet organe serait un organe de concertation et de régulation de l’activité journalistique. Il pourrait être saisi par tout individu jugeant être victime d’une atteinte à la liberté de la presse ou au droit du public à l’information. Le Conseil étant une association loi 1901, ses avis n’auraient aucune valeur juridique, et vaudraient avant tout par la valeur morale du Conseil.

Bonjour Monsieur Agnès. Pour commencer, pouvez-vous nous expliquer comment l‘idée de fonder l’APCP vous est venue ?

Alors que j’avais terminé ma carrière, mes amis journalistes m’ont dit : « Tu devrais écrire quelque chose sur les dérives de l’information, parce que cela va de mal en pis. » J’ai donc mené une enquête, pendant deux ans, dont j’ai fait un livre, sorti en 2005 : Le grand bazar de l’info : Pour en finir avec le maljournalisme. Comme le constat était accablant, et que je suis plus porté sur l’action que sur la réflexion solitaire, je suis rentré dans deux associations : les Entretiens de l’information, et l’Alliance Internationale de Journalistes. Dans cette deuxième association, j’ai rencontré plusieurs personnes qui disaient : « On ne peut pas continuer à réfléchir sur la responsabilité du journalisme, il faut faire quelques chose. » On a alors décidé, en 2006, de créer une association qui essaierait de sensibiliser les gens à la création d’un Conseil de presse.

Concrètement, quelles actions avez-vous mené pour sensibiliser le public et les professionnel à la nécessité d’un Conseil de la presse ?

D’abord, on a écrit un projet de Conseil de la presse à la française, en prenant en compte des instances existants dans d’autres pays et des particularités de la France (projet disponible ici). Ensuite, pour populariser ce projet, on a beaucoup travaillé à la sensibilisation, en ciblant trois types de public : la profession, la société civile, et les politiques.

En parallèle, on a profité de toutes les tribunes possibles pour s’exprimer, comme les Assises du Journalisme, qui se tiennent tous les ans depuis 2007 ; ou les États généraux de la presse écrite de 2008. En 2009, enfin, on en a créé une nous-mêmes, en organisant un colloque à Radio France.

Comment se sont déroulées les relations avec ces trois groupes – les journalistes, la société civile, les politiques ?

Pour ce qui est de la profession, c’est très difficile. On a souvent des réponses comme : « On ne veut pas de conseil de l’ordre. » – alors que ce n’est pas du tout ce qu’on veut. Les journalistes français et les patrons de presse français n’ont pas réussi à comprendre que la liberté d’informer a un corollaire : la responsabilité vis-à-vis du public. Il ne faut pas oublier qu’en France, la profession est née de la politique et de la littérature, c’est-à-dire que l’expression libre, sans retenue, et les invectives se sont ancrées dans les gènes…

Mais, même si c’est très difficile on a fait des progrès. Je pense que c’est dû en grande partie aux Assises du journalisme et aux États généraux de la presse écrite.

En ce qui concerne la société civile, on a eu beaucoup de déconvenues. On a approché les associations de consommateurs, par exemple, et seule la Confédération nationale des associations familiales catholiques a adhéré. Personnellement, j’ai approché l’association des professeurs d’histoire et de géographie, et je n’ai jamais eu de réponse…

Pourtant, ces dernière années, plusieurs associations critiques des médias se sont créées dans la société civile : Acrimed, les Pieds dans le PAF, etc… Il y a une vraie volonté d’améliorer les choses.

Il ne faut pas se leurrer : ces associations ne constituent qu’une poignée de personnes, assez isolées, et qui ne disposent pas de suffisamment de temps pour effectuer une vaste opération de sensibilisation.

Et du côté des politiques ?

Dès 2007, on les tous a approché, et on a eu l’écoute de tous nos interlocuteurs.

Ceux qui sont le plus proche de nos postions sont les Verts, puisqu’ils se retrouvent dans l’aspect action citoyenne. Le Modem, le PS et l’UMP sont assez proches de nous, mais peu interventionnistes : ils sont d’accord pour encourager tout ce qui peut se faire dans le domaine. Le Front de Gauche, lui, est plus éloigné : ses membres veulent un Conseil nationale des médias, la déontologie n’est donc pas leur préoccupation principale. Le Front National, enfin, est plus interventionniste et plus corporatiste, plutôt en faveur d’un ordre national des journalistes.

Aucun politique ne nous a éconduit, chacun est sensible à la question. Pourquoi ? Le débat démocratique en France, la qualité de l’info sont très mauvais. En off, les politiques sont très critiques des médias.

Mais ces problèmes de qualité ou de déontologie du journalisme sont peu traités par les médias. Ainsi, très peu d’entre eux ont abordé la création de l’Observatoire de la déontologie de l’information, il y a deux semaines… Diriez-vous qu’il existe une forme d’autocensure des journalistes par rapport à ces questions ?

Pas une autocensure, une censure ! Les médias choisissent volontairement de ne pas parler de ces problèmes-là, puisqu’ils sont eux-mêmes en cause. La presse a horreur de se flageller. Que de fois, dans les débats, ai-je entendu « surtout, ne nous flagellons pas ! » ? Il y a un déni de réalité : les journalistes sont aveugle, et ils sont dirigés par des paralytiques.

Quelles actions prévoyez-vous pour la suite ?

On est en perpétuelle évolution. Au début, on a privilégié la voie professionnelle, mais on a été très échaudé par les difficultés qu’on a rencontrées. Pour l’instant, on est en réflexion. Personnellement, je suis pour continuer à sensibiliser.

Au début de l’APCP, l’un des membres disait : « Dans trois ans, quand on aura créé le Conseil de presse… » Je lui répondais : « Si, dans cinq ans, on a fait progresser l’idée, on pourra être content. » C’est ce qui s’est passé : on progresse, certains tabous ont été levés, et on devient plus légitime. Aujourd’hui, en 2012, je me dis que je verrai peut-être le conseil de presse avant ma mort. Mais je reste prudent…


Silence des médias sur le lancement de l’Observatoire de la déontologie de l’information

 Le lancement de l’Observatoire de la déontologie de l’information, le 4 octobre, à Poitiers, n’a pas été relayé par les médias. Ceux-ci, pourtant attentif au déroulement des Assises du journalisme, ont préféré ne pas évoquer cet événement.

Une expérience amusante : allez sur « Google actualités », tapez « Observatoire de la déontologie de l’information »,  et lancez la recherche. Vous obtenez 9 résultats. Après un rapide survol, vous constaterez que seulement trois d’entre eux concernent réellement le lancement de l’Observatoire de la déontologie de l’information, le 4 octobre dernier, lors des Assises du Journalisme.

« Trois, direz-vous, c’est quand même peu. » En fait, c’est moins que ça : dans les trois articles en questions, celui de La Nouvelle République ne fait que mentionner le lancement de l’Observatoire, et celui de Libération en parle sur 6 lignes, à la fin. En résumé, seul Ouest-France consacre un (petit) texte au lancement de cet Observatoire.

Bien sûr, la vie ne se limite pas à « Google actualités », et une recherche dans la catégorie « web » du moteur de recherche permet de dénicher d’autres articles sur l’Observatoire. Enfin, trois autres : une brève du magazine Ouvertures, un communiqué du site du Conseil de presse du Québec, et… le billet posté sur ce blog il y a une semaine !

Où est passée l’info? A la trappe. Les médias, qui ont pourtant gardé un œil sur les Assises du journalisme (certains ont publié des articles relatant les débats), ont préféré ne rien dire du lancement de l’Observatoire. Par peur d’être critiqués?

 


Faites certifier vos médias !

                 Depuis 2010, la norme ISAS BCP 9001 peut être attribuée aux médias dont les méthodes font preuve d’éthique et de qualité. Peu connue, et nécessitant un processus long et coûteux pour être attribuée, cette certification n’a guère de succès. Pourtant, elle comporte des avantages indéniables..

Comment un média peut-il prouver que son fonctionnement est respectueux de l’éthique et de la déontologie journalistique ? Depuis deux ans, il lui est possible de se faire certifier ! En 2010, en effet, la Fondation Médias et Société a mis en place la norme ISAS BCP 9001, reconnaissant la qualité du management d’un média.

                Cette Fondation, basée en Suisse et composée de professionnels des médias, a pour but d’améliorer la qualité du journalisme dans le monde. Pour cela, elle a d’abord mis en place deux normes, l’une s’appliquant aux sites web, aux télévision et aux radios (ISAS BC 9001) ; l’autre aux organes de presse écrite (ISAS P 9001). En 2010, les deux fusionnent en une unique norme, disponible pour tout type de média : la ISAS BCP 9001.

                Les critères permettant son attribution relèvent, selon la Fondation, des « principes universellement acceptés » en matière d’éthique du journalisme : satisfaction de l’audience, qualité et diversité des programmes, indépendance éditoriale, respect des minorités, transparence du management, séparation des opinions et des informations, diversité des points de vue exprimés, etc.. Le contrôle ne porte donc par sur les contenus des articles ou des reportages, mais uniquement sur les méthodes d’administration du média et de production des contenus.

Un processus long et coûteux

               Pour obtenir la certification, les dirigeants du média doivent commencer par remplir un questionnaire, téléchargeable sur le site de la Fondation, pour comprendre où se situe leur entreprise en matière de bonnes pratiques journalistiques. Puis, à l’aide de consultants – dont la Fondation fournit une liste –, ils peuvent s’améliorer, avant de demander l’examen de certification, via la société SGS (ou IMNC, pour les médias mexicains). Si l’examen se révèle positif, la certification est valable trois ans, sous réserve de passer un audit de conformité chaque année.

                Le coût et le temps nécessaire pour effectuer l’examen changent selon la taille et la nature du média à certifier. Néanmoins, les tarifs sont plutôt élevés, et rien ne se fait rapidement : « Il faut compter au minimum 10 000€, et facilement un an. », glisse une employée de la société Ethics, qui s’occupait de l’examen de certification avant que SGS n’en soit chargé.

               Ce prix élevé explique sans doute le faible succès de la norme : seul 8 médias sont actuellement certifiés, et deux en cours de certification (chiffres disponibles sur le site de la Fondation).

Des avantages certains

               Néanmoins, les médias ayant accomplis la démarche de certification se disent heureux de l’avoir fait. La principale raison évoquée est le gain en termes de crédibilité. « Radio Chablais obtient une certification qualité et augmente son audience de 12% », expliquait ainsi un communiqué de cette radio, en 2012.

               « Ce jugement neutre et externe valorise notre groupe auprès des institutions publiques et privées. », estime Jérôme Steulet, de RJB. Pour obtenir sa certification, en 2009, cette radio suisse a mis en place plusieurs nouveautés. Des entretiens d’évaluation du personnel et des fiches d’amélioration ont vu le jour, ainsi que  des enquêtes de satisfaction auprès des auditeurs et des annonceurs. Ce qui a permis, selon Jérôme Steulet, « indirectement un impact positif » sur les programmes et la publicité.

               Au Temps, certifié depuis 2010, on insiste sur un autre point : la clarification des règles internes à la rédaction. « Le processus a été l’occasion de clarifier et de fixer par écrit certaines de nos procédures. »  explique Ignace Jeannerat, rédacteur en chef adjoint du journal de référence suisse. Auparavant, par exemple, une règle non-écrite donnait au service iconographie le dernier mot sur le choix des photographies, alors que le chef de rubrique gardait la main haute sur le contenu rédactionnel. Maintenant, c’est clair : le chef de rubrique décide, en dernier recours, du texte et des photographies l’accompagnant. « Tous les journalistes ont les mêmes pratiques, et la marche à suivre est plus claire. » , résume Ignace Jeannerat.

LCP, seul média français certifié

               Pour ce qui est de la France, LCP Assemblée nationale est le seul média à avoir obtenu l’ISAS BCP 9001, en janvier 2011. Il s’agissait, pour ses dirigeants, de comprendre si les téléspectateurs étaient satisfaits de la chaîne – ce qu’ils ne pouvaient pas faire en terme de profit, puisque LCP est publique.

               Eric Moniot, le secrétaire générale de LCP, a déclaré être très satisfait de cette démarche, déclarant que la certification a permis d’introduire une « culture de l’amélioration continue » dans la chaîne. Tout en reconnaissant que les journalistes n’avaient pas été très enthousiastes, et qu’ils avaient surtout vu dans la certification une procédure inutile limitant leur autonomie..


Création d’un Observatoire de la déontologie de l’information

 Mardi 2 octobre, la création d’un « Observatoire de la déontologie de l’information » a été annoncée, lors des Assises du journalisme. Basé à Paris, cet Observatoire devra « contribuer, par ses réflexions, ses travaux et la communication de ceux-ci, à la prise de conscience de l’importance de la déontologie dans la collecte, la mise en forme et la diffusion de l’information au public. »

L’organisme, qui sera présidé par Didier Epelbaum, sera composé de quatre groupes de travail, dédiés aux thèmes suivants : 1) exactitude et véracité, 2) conflits d’intérêts individuels et collectifs, 3) justice et faits divers, 4) sources journalistiques (accès, protection et relations), 5) conditions de production de l’information et 6) initiatives favorisant les bonnes pratiques. Il s’agira, à chaque fois, de faire un état des lieux, de repérer les problèmes déontologiques les plus présents, et de proposer des solutions.

La création de l’observatoire est à mettre au compte de l’Association de préfiguration d’un conseil de presse (APCP) qui, depuis 2006, essaie de mettre en place un outil de régulation du journalisme.

Le premier rapport de l’observatoire à été dévoilé le 5 novembre 2013. Il est disponible ici.